BD: Stalner à la campagne

Le pseudonyme Stalner cache deux frères unis par le sang et la création. Depuis un an et demi ils passent leur cinquante à soixante heures hebdomadaires de dessin dans une toute petite commune des environs de Prémery, tranquillité oblige.

" On a toujours travaillé ensemble ". Ou plutôt, peu travaillé ensemble, scolairement parlant. Eric et Jean-Marc noircissaient leurs cahiers de petits héros, de décors et d'actions. Eric avait même une spécialité assez enviable dans l'antisèche. " Les paresseux ne font que ce qu'ils font avec envie ". C'est une excuse ?

" Finalement nous avons passé le bac en candidat libre, un peu pour faire plaisir à la famille et tout de suite, nous sommes entrés dans l'univers du dessin professionnel ".

" Tu dessines bien, tu devrais faire de la BD ". Classique non ?

Depuis 1980, en autodidactes complets, comme la moitié des auteurs de BD, les deux frères Stalner usent crayons et plumes cinquante à soixante heures par semaine et noircissent maintenant pour leur compte personnel. Avec Christian Mouquet, scénariste chez Glénat, ils ont dessiné trois albums des Poux, une histoire d'anarchistes. Plus connu, Le Boche fut créé avec Daniel Bardet. Le sixième volet de l'histoire de cet Alsacien au temps de la Grande Guerre est à paraître.

Parallèlement, Fabien M. est né, scénarisé par Stalner. Eric l'a vu apparaître dans une photographie du Paris du siècle dernier. Ils l'ont imaginé avec un côté Gavroche, jeune et agile comme un chat de gouttières. Le gamin se débrouille et poursuit une vengeance: retrouver les assassins de son père. Entrent en scène, une société secrète et Fabien, courant après son identité, devient un pion dans un jeu d'échec.

Le pouvoir de l'imagination

" Nos personnages vieillissent au cours des histoires, sont profondément humains, tout en nuances, jamais complètement bons ou mauvais. Avec Dargaud l'éditeur et entre nous, c'est un échange d'idées permanent ".

De photographies en séances de cinéma, les scénarios naissent et rebondissent. " Par le pouvoir de l'imagination, à partir d'une photo, on peut restituer les atmosphères, le poids de la vie et de la misère ". Se télescopent des bribes de conversations entendues ça et là dans les rues, au restaurant, des cadrages cinématographiques et les histoires prennent corps dans un style maintenant caractéristique des fréros.

En préparation, Malheigh a surgi au milieu des brumes du Nord. De leurs voyages en Ecosse, les deux frères ont ramené le souvenir impalpable d'un héros de papier contemporain des années de gloire d'Eileen-Donan-Castle dont il ne subsiste que les ruines au bord d'un loch rnythique.

" Dans cette nouvelle série, nous avons introduit un principe d'action-réaction dans le temps. Le héros est jumeau avec un personnage d'aujourd'hui et ils vont finir par prendre conscience de leurs existences mutuelles et agir en conséquence. Il y aura les ingrédients des mythes celtiques et scandinaves, un peu d'Excalibur, de Conan, de la Forêt d'Emeraude et comme toujours, la dualité du bien et du mal ", tout ça dans les décors fastueux de la nature écossaise.

Secret de famille

Professionnels depuis 1980, les deux frères travaillent l'un après l'autre. L'un dessine au crayon, l'autre passe l'encre, mais personne ne sait lequel fait quoi, c'est un secret de famille.

"La seule chose qui nous ennuie, c'est la couleur. Nous dessinons le plus possible et la passion est loin de s'émousser mais un coloriste se charge de la dernière touche ".

Pendant des années, ils sont restés dos à dos dans un appartement parisien, à travailler jours et nuits, à réinvestir leur jeunesse émaillée de Marvel, de Pilote et d'Akim, les standards d'une époque pas si lointaine. Mariés maintenant, parents même, ils ont choisi la Nièvre, berceau familial, alors qu'ils font partie des 10% des auteurs de BD qui tirent un produit financier correct de leurs coups de crayon. " Nous ne faisons pas partie des très grands auteurs français, les locomotives du genre, avec lesquelles un éditeur est sûr de gagner de l'argent. Avec nous, ce dont il est sûr, c'est de ne pas en perdre. Il s'est instauré une confiance et de notre côté, nous progressons. Il est évident que le travail avec un scénariste connu est un gage de réussite commerciale supérieure mais nous préférons scénariser et dessiner nous mêmes. Nos planches sont payées et nous touchons des droits par album vendu. Mais les parts de l'auteur et de l'éditeur sont les plus faibles dans la commercialisation d'un album ".

A 35 et 37 ans, Eric et Jean-Marc foncent dans l'imaginaire, immobiles à leurs tables de travail respectives, maintenant situées à quelques centaines de mètres l'une de l'autre dans la verdure nivernaise. Là naissent aussi des pochettes de disques, des affiches.

Soignée, fouillée, colorée, la BD Stalner s'impose dans les rayons et le fil des albums renforce un style original, humain et attachant. Ne manquez pas la sortie de Malheigh.

Promouvoir l'image de la Nièvre

En association et dans le but d'une diversification, les frères Stalner créent une entreprise avec la volonté de promouvoir l'image du département de la Nièvre et ses potentialités. Avec pour objectif la communication, la création de jeux, la valorisation locale, ils s'adressent aux entreprises et collectivités, tant pour la réalisation que pour la recherche de produits de communication adapés.

Pierre DURIOT dans Magazine-rencontre