Francis Carin habille de neuf Victor Sackville  

Avec «Le Magicien de Brooklyn», le dessinateur des aventures de l'espion Victor Sackville inaugure un nouveau style de présentation de ses albums. Il en explique le pourquoi et le comment...  

N'y a-t-il pas aussi un changement de priorités?

C'est effectivement le nom de Victor Sackville et donc de la série qui maintenant prévaut. Sans doute marqué par les albums de mon enfance, j'ai longtemps cru que le titre de l'histoire était ce qui accrochait d'abord, puis je me suis rendu compte qu'aujourd'hui, pour intriguer et fidéliser le lecteur, c'était plutôt le nom du héros qui devait être mis en évidence. Désormais, il s'inscrira en grand et en surimpression par rapport à l'illustration de couverture et dans une couleur contrastant harmonieusement avec les tons dominants de celle-ci... Ayant par ailleurs remarqué que beaucoup de lecteurs ne s'apercevaient pas que le dessin de couverture se prolongeait sur le plat-arrière de l'album, j'ai demandé à ce qu'il soit reproduit aux traits sur le fond uni des doubles pages de garde.

Qu'est-ce qui vous a incité à transformer complètement la présentation de vos albums? 

Cela faisait plus de 15 ans que le logo de couverture n'avait pas changé et je le trouvais d'autant plus vieillot que le portrait de Sackville qui y figurait en médaillon, ne correspondait plus à son portrait actuel. Au fil des années, les traits du personnage ont effectivement évolué. Le graphisme des titres me semblait aussi avoir pris un sérieux coup de vieux. J'avais déjà opéré une petite transformation lors de la sortie de «L'Imposteur», le tome 9, en mettant davantage en exergue le nom du héros, mais cela ne me satisfaisait pas vraiment. J'ai décidé de profiter de la sortie de ce 15e album, le premier de l'an 2000, pour modifier totalement le lay-out.

Voilà pour la forme! Mais qu'en sera-t-il du fond?

 L'espion de George V ne pouvant bien évidemment sévir que dans les années 1910-1920, le cadre historique restera le même. Mais, de plus en plus accaparés par le succès de leurs autres travaux, la littérature pour l'un et le cinéma pour l'autre, Rivière et Borile se partageront maintenant l'écriture des scénarios en alternance. Selon la sensibilité de chacun, cela se traduira par une alternance d'atmosphères et, pour Sackville, de types de missions. Cette fois, c'était au tour de François. A une affaire d'espionnage, il a préféré un polar romanesque qu'il a situé à New York et qui évoque l'ambiance oppressante des romans noirs anglo-saxons qu'il affectionne.

 

C'est une façon de conjuguer le passé au présent? 

Je reste un dessinateur imprégné de l'ambiance du début du 20e siècle, mais je m'efforce de la présenter de manière moderne. J'ai ainsi recréé un lettrage des titres à la fois contemporain et inspiré de celui des affiches de la «Belle Epoque».  

Cette alternance aura-t-elle d'autres répercussions? 

Moi, ce choix me ravit! Il m'offre plus de possibilités de variations. Après les horizontales du «Plat-Pays» flandrien où se situait l'album précédent, les buildings new-yorkais de ce volume-ci m'ont ainsi offert l'opportunité de dessiner une histoire «à la verticale». Je pense qu'à tous les niveaux, graphique et scénaristique, cette nouvelle forme de collaboration accentuera davantage le dynamisme de la série.


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